- 0. A l’entrée du laboratoire des rêves.
Je ne me souviens plus des premiers mots, s’ils étaient bancals ou musicaux, timides ou hurlants. Je sais qu’il est des âmes, peut-être des moments, qui nous appellent à vivre, s’extraire des sentiments pour les fixer gravés, sur la banquise. Ou le papier, l’écran, du moment que c’est blanc et presque permanent. J’ai toujours brodé sur la vie, multipliant les points de chute, pour lui donner le goût du rêve ; mes mots abstraits n’ont pas le sens, évident du terme certain, mais expriment toujours une nuance du quotidien. Et puis il y a les rêves, les vrais, refuges libertins…
- 1. Sur le bord de l’aube de l’été.
Dans ce hangar pétrifié au toit de verre, le magicien approche. Je me tenais à distance depuis plusieurs heures mais, désormais, les lapins et les colombes sont tous terrés et envolées. Après avoir tenté la disparition mentale sans succès, hésité à m’enfuir en dérobant, la porte sur mon dos, je fais à mon tour un pas en avant. « N’aie pas peur, murmure-t-il, tu n’as rien à craindre en ces lieux : c’est le domaine des rêveries il suffit de s’en imprégner. As-tu le temps de t’asseoir un moment ? – Évidemment, j’ai toute la vie, ou pardon, au moins la nuit….
- 2. Là où l’automne nous étonne.
Un piano-bar un soir, de rendez-vous manqué. J’avais tout prévu la robe rouge, collants noirs, aux pieds mutins et indiscrets des ballerines. Couverte d’un gilet je me suis avancée. Imaginez, le lieu est enchanteur à souhait : l’instrument trône dans une alcôve, faisant face aux fauteuils tendres dont la moitié a préféré ignorer sa présence et lui tourner le dos. Au comptoir je commande un cocktail enfantin, même les tabourets sont de velours. Mais cette mise en scène est vaine à mes yeux, ç’aurait été une belle soirée si, son numéro d’équilibriste pianiste n’avait été point suspendu… Mon regard déshabille les…
- 3. Au beau milieu d’une question de sagesse
Dix jours n’étaient pas envolés, que déjà, Halloween nous guettait. Célébration permise de l’imaginaire sombre, des sorciers au royaume des ombres, en défilés d’êtres affamés, de sang sucré… Je n’ai rien pour ou contre les fêtes, mon seul avis est de, saisir les occasions et là j’en voyais une. Des moins communes. Dix jours n’étaient pas envolés, que déjà, il me manquait et je lui demandai : « Qu’as-tu prévu pour cette nuit maudite ? ». Il avait des vues sur une soirée, rien d’excitant à en mourir, il était libre d’y échapper et de venir ; ici rien de prévu mais je ne doutais pas,…
- 4. Mise à jour du protocole
Trois fois que je secoue la bulle à neige de ces deux effrontés, et voilà qu’ils me rient au nez. J’avais prévu qu’ils restent sains sauf qu’ils me tendent des pièges, en petits mots vicieux, promettant qu’à la prochaine page blanche je ne saurai plus les tenir. Et les voilà punis, je les range au placard pour une nuit. Et je me sers un verre que je ne boirai pas, juste histoire d’avoir une discussion avec quelqu’un de consistant.